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Le classicisme Droit français et Méthodologie LW 107 - LW 207
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Le monde est conçu comme un jardin à la française (dont les principes sont énoncés à cette époque et mis en oeuvre, à Vaux-le-Vicomte, puis à Versailles, par le jardinier du Roi Louis XIV, le Nôtre), un jardin fait de haies taillées au cordeau, de perspectives finement agencées en lignes droites (jamais de courbes) qui ne laissent aucune place au désordre ; bref, un jardin dont la construction s'oppose au principe du jardin dit "à l'anglaise", lequel nécessite pourtant bien plus d'organisation qu'il n'y paraît au premier abord.
De ce mouvement, il faut retenir trois noms pour l'empreinte indélibile qui ont laissé sur le monde juridique. Ils sont classés par ordre croissant d'importance : Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704)BiographieFils d'une famille parlementaire (donc de juristes), ordonné prêtre en 1652, Bossuet est passé à la postérité pour ses sermons et oraisons funèbres des grands de son siècle. La plus célèbre des oraisons funèbres est sans doute celle prononcée à la basilique Saint-Denis devant le cadavre d'Henriette d'Angleterre (1627-1704). Epouse de Monsieur, frère du roi Louis XIV, elle meurt à Saint-Cloud à l'âge de 26 ans, alors que toute la Cour admirait sa grâce et sa beauté. Voici le début de l'oraison, digne de l'école classique : "Considérez, messieurs, ces grandes puissances que nous regardons de si bas. Pendant que nous tremblons sous leur main, Dieu les frappe pour nous avertir. Leur élévation en est la cause ; et il les épargne si peu, qu’il ne craint pas de les sacrifier à l’instruction du reste des hommes. Chrétiens ne murmurez pas si MADAME a été choisie pour nous donner une telle instruction. Il n’y a rien ici de rude pour elle, puisque, comme vous le verrez dans la suite, Dieu la sauve par le même coup qui nous instruit. Nous devrions être assez convaincu de notre néant : mais il faut des coups de surprise à nos coeurs enchantés de l’amour du monde, celui-ci est assez grand et assez terrible. O nuit désastreuse ! ô nuit effroyable ! où retentit tout à coup comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : MADAME se meurt ! MADAME est morte ! Qui de nous ne se sentit frapper à ce coup, comme si quelque tragique accident avait désolé sa famille ? Au premier bruit d’un mal si étrange, on accourut à Saint-Cloud de toutes parts ; on trouve tout consterné, excepté le cœur de cette princesse : partout on entend des cris ; partout on voit la douleur et le désespoir, et l’image de la mort. Le roi, la reine, Monsieur, toute la cour, et tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré ; et il me semble que je vois l’accomplissement de cette parole du prophète : " Le roi pleurera, le prince sera désolé, et les mains tomberont au peuple de douleur et d’étonnement. " "
Lien avec le monde juridiqueC'est précisément de par son oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre que Bossuet rentre dans le monde du droit. En effet, c'est à cette occasion qu'il donne l'un des exemples les plus représentatifs de la structure rigoureuse de tout exposé oral ou écrit. Après l'introduction, pour partie reproduite ci-dessus, Bossuet s'exclame : "Voyons ce qu'une mort soudaine lui a ravi ; voyons ce qu'une sainte mort lui a donné". En d'autres termes, Bossuet utilise un plan dialectique où la première partie ("Voyons ce qu'une mort soudaine lui a ravi") s'oppose à la seconde ("voyons ce qu'une sainte mort lui a donné") grâce à un savant balancement oratoire qui "faisait alterner les flûtes plaintives de la triste condition humaine avec les trompettes triomphantes de la Cité de Dieu" (R. Merle, "La leçon d'agrégation dans toute sa splendeur", Dalloz 1987, p. 142). Sur cette question du plan, voir méthodes-TD
haut de page Nicolas Boileau (1636-1711)Biographie de N. BoileauFils d'une famille de la bourgeoisie parlementaire (donc de juristes), il poursuite, outre des études de théologie, des études de droit, obtenant en 1656 le titre d'avocat. Il ne pratiquera pas en raison d'un héritage lui assurant une sécurité matérielle certaine.
Par son ouvrage l'Art poétique qu'il publie en 1674, il énonce les règles et principes promus par ce qui sera appelé l'école du classicisme.
Lien avec le monde du droitVoici les extraits les plus représentatifs de la méthode proposée par Boileau, dans l'Art poétique (Chant I) et suivie par l'école du classicisme :
haut de page René Descartes (1596-1650)Le Discours de la méthodeR. Descartes, dans son Discours de la méthode et dans les Règles pour la direction de l'esprit, promeut une analyse systématique et ordonnée des sujets qu'il se propose d'examiner, par référence à la géométrie.
C'est la méthode cartésienne par référence à son nom.
Lien avec le droitDescartes inspirera le grand juriste Domat (1625-1696) qui rédigera "Les lois civiles dans leur ordre naturel" (1689) dans le but de proposer une présentation géométrique du droit :
On croirait lire le Discours de la Méthode. Evident, le lien avec l'école classique se trouve souligné par l'hommage rendu par Boileau à Domat. Boileau, familier du monde juridique de par sa famille et ses études de droit, appelait Domat "le restaurateur de la raison dans la jurisprudence". L'oeuvre de Domat inspirera les rédacteurs du Code civil de 1804 et ce grand juriste a donné son nom à l'une des collections de droit chez l'éditeur Montchrestien.
Conclusion : l'école du classicisme a pénétré le monde du droit en lui inculquant ses règles de rigueur et de structure de la pensée. Le XVIIIème siècle continuera l'effort de systématisation entrepris durant le Grand siècle, en proposant des Répertoires et Encyclopédies, tandis que le monde du droit, à la veille de la Révolution française, rêve d'ordre et d'unification. Le XIXème siècle, lui, verra le mouvement de codification arrivé à maturité et donné naissance au Code civil napoléonien de 1804.Pour en savoir plus sur l'école du classicisme, consulter le site (non officiel) suivant http://membres.lycos.fr/classicisme/index.html et plus généralement, le site officiel du Ministère de la Culture : http://www.culture.gouv.fr/culture/exp/exp.htm |